Pour dire ce qu’est Transit


Manifeste pour un lieu

de mise en jeu du corps

de « voyages en création »

d’humanité de passage


" Transit ( du latin puis de l'Italien " transito " : passage ) : passage de marchandises, de voyageurs à travers un lieu; un pays situé sur leur itinéraire"


Un lieu pour la mise en jeu du corps

La mise en jeu du corps est la référence fondatrice de Transit.
- Par l’histoire personnelle de ses 2 initiateurs, Marc Guiraud (du coté du langage de la danse) et Aline Ribière (du coté du langage du vêtement).
- Par la richesse polyphonique du concept et de ses enjeux.

Pour nous la mise en jeu du corps est à la fois un processus vital, un ensemble de pratiques personnelles et sociales et une élaboration théorique. Mais le terme désigne d’abord une manière de vivre et de penser.
Ses enjeux, complexes, sont de ce fait à la fois pratiques, esthétiques et éthiques.

Mettre en jeu le corps c’est se rendre disponible pour ce qu’il pourrait bien avoir à nous dire sur d’où nous venons, et où nous allons.
C’est toujours un voyage de confiance dans les processus d’émergence activés et dans la capacité humaine à devenir toujours autre, autrement vivant.

C’est une confiance faite dans la singularité du corps - fragilité et puissance, animalité et spiritualité mêlés.
Transit est (é)mue par l’émouvance du corps.


Notre démarche affirme que la mise en jeu du corps est une médiation privilégiée pour une pratique du passage et de la trans-formation.
Elle souligne que l’association d’une dynamique de création à cette mise en jeu favorise ce potentiel d’émergence.

Elle est de ce fait attentive au travail sur le langage, l’écriture et le récit qu’implique toute dynamique de création.

Cette démarche n’est réductible ni à la formation, ni à la thérapie, ni au développement personnel, ni à la pratique artistique, ni …
Elle s’efforce de préserver ouvertes et vivantes les relations entre les processus intimes et les mises en mouvement spectaculaires, les émergences expressives et le travail artistique, l’affirmation de sa singularité et les inscriptions dans les codes culturels et sociaux.

Un lieu pour s’exposer

Les processus de la mise en jeu du corps sont la référence structurante de Transit. Ceux qui favorisent un rapport plus vivant et créatif au monde et à soi-même.
L’histoire de l’humanité, individuelle comme collective, rappelle comment devenir humain implique non seulement de pouvoir s’exprimer mais tout autant de s’exposer. Elle souligne que les problématiques du jeu et du risque sont analogues, danger et chance y sont l’avers et l’envers de la même réalité, inéluctablement tissés.
Elle invite à souvenir de la manière dont le petit d’homme comme les sociétés se construisent en se mettant en jeu, c'est-à-dire à la fois en risque et en représentation.

Mine de rien, l’histoire de l’humanité insiste : Pour accompagner les risques de l’exposition -en particulier ceux liées aux enjeux de vie et de mort du regard- les mises en jeu impliquent des scènes contenantes. La mise en jeu se fait alors mise en scène. Parfois auto-mises en scène.
S’exposer et se représenter …

Transit souhaite promouvoir des lieux où puissent s’exposer et se mettre en scène l’émouvance du corps et son potentiel de construction identitaire.

Son ambition est de concevoir et de mettre en place des situations, des « praticables » (dirait Gilles Deleuze), où « le sujet qui parle au lieu de s’exprimer s’expose, va à la rencontre de sa propre finitude et dans chaque mot se trouve renvoyé à sa propre mort. » (Michel Foucault).

Dans chaque mot, dans chaque danse, dans chaque « vêtement », dans chaque mise en jeu, dans chaque exposition … se trouver renvoyé à sa propre finitude, et donc à son humanité première, celle qui nous fait vivant.

Un lieu pour une « pensée en actes »

En fait tout cela n’est possible que dans la mesure où les situations mises en place favorisent, par l’exposition, la mise en jeu de l’in-su du corps.
Ce savoir inscrit dans le corps est une sorte de mémoire corporelle, personnelle et collective –il peut alors être re-mis en jeu- mais c’est aussi celui d’un devenir en émergence. L’in-su du corps « sait » d’où nous venons … mais tout autant où nous allons !
Dans et par la mise en jeu du corps, non seulement peut se rejouer notre itinéraire passé mais se tramer et se « penser » notre itinérance à venir.

En 1999 Transit a organisé un colloque « Corps qui danse, corps qui pense ». Son intitulé même signifie clairement la confiance que nous faisons à la capacité de penser dans et par le corps, à la symbolisation en actes.
La mise en jeu du corps invite non seulement à être attentif à la parole du corps mais aussi à la mise en place de situations et de lieux qui permettent et valorisent cette « pensée en actes ».

Les dynamiques de création partagent avec la mise en jeu du corps ce mode de pensée. Leur conjonction désigne un lieu privilégié pour des « pensées en actes ».

Chemin faisant, dansant et vêtant, jouant, jouant et créant, traçant et écrivant (parce que la « pensée en actes » appelle la danse des mots, et des concepts) …
De stages en « voyages en formation », d’expositions en manifestations spectaculaires, de conférences en performances, de colloques en publications, Transit entend contribuer à l’instauration de situations favorisant des « actes de penser » … mais se souvient aussi de Kaïros, le « dieu » du moment opportun et de l’occasion propice. Ca (se) passe quand ça doit (se) passer.

Un lieu pour des aventures de libération

Transit propose des mises en jeu variées: (trans) Formation, manifestations événementielles et spectaculaires, publications, …
Ces mises en jeu sont elles-mêmes référées à des langages diversifiés. Donc à des systèmes de codification techniques et culturels différents. Ceux de la danse et du vêtement pour l’essentiel. Parfois les « praticables » les agencent entre eux et explorent leur interférence, quelques fois en y intégrant d’autres langages et écritures (le théâtre, le clown, …).

Mais, toujours, c’est notre rapport aux codes qui y est re-mis en jeu. Ceux qui prétendent définir ce qu’est la danse, ce qu’est le vêtement. Ceux que notre histoire a inscrit dans notre corps et notre imaginaire. Ceux qui à la fois nous font exister (nous en-forment) et nous enferment. Ceux vis-à-vis desquels les individus comme les sociétés doivent retrouver du jeu, y compris celui de les transgresser.

Au-delà de leur hétérogénéité apparente, les voyages en Transit ont pour commune référence la recherche des conditions favorisant des aventures de liberté. C'est-à-dire, d’abord, de libération de notre rapport aux codes et d’autorisation à penser et à vivre d’autres possibles.

Parmi ces conditions la première, essentielle, passe par la mise en question des représentations fondatrices.
Penser non la danse (ce qu’elle est ou devrait être et ce qu’elle n’est pas) mais « la mise en jeu mouvementée du corps » (selon la formule de Daniel Sibony rejoignant ici les intuitions premières de Marc Guiraud !).
Penser non le vêtement mais le rapport à la peau , à l’enveloppe corporelle et l’enveloppement vestimentaire (dans l’approche d’Aline Ribière).

Dès l’origine, regarder et penser autrement ce qui fonde, qui relie et qui donne sens.
Accepter l’invitation du danseur Tanaka Min « Il est urgent de découvrir la liberté des deux cotés de la peau ».

Un lieu de « voyages en création »

Dans notre expérience l’association entre les processus de mise en jeu du corps et ceux de la création favorise ces aventures de liberté. La correspondance profonde entre les enjeux de la création et du voyage y est essentielle.
Créer comme voyager sont des manières de vivre et de respirer, de (se) trans-former pour devenir toujours plus vivant.
Ce sont des pratiques du passage. Peut-être des rituels de passage …

Les « voyages en création » organisés par Transit sont des espaces-temps où s'aventurer, passer, (se) trans-former et se re-créer sans cesse.
Ils proposent des démarches entre création de soi et créations d’objets (plastiques, mouvementés, évènementiels, spectaculaires, conceptuels…).
Ils instaurent des dispositifs pour une pratique de l’entre-deux et du seuil, des lieux de passage.

Les « voyages en création » s’offrent comme des opportunités d'explorer d'autres chemins possibles. Pour venir se dire à soi-même où aller.
Pour s’autoriser à devenir autre.

Faire le récit de ces voyages participe de cette autorisation. Que le récit s’élabore en actes, en traces, en mots ou en écritures, il constitue une médiation privilégiée pour se faire auteur de sa propre itinérance identitaire.

Sans cesse transitoire et en mouvement, l’ensemble de ces démarches constitue une sorte de « laboratoire de recherche » permanent pour une anthropologie de la mise en jeu du corps.
Transit, un « laboratoire de recherche » … et une « Agence de voyages en création » ?!

Un lieu pour une humanité de passage

Transit est un lieu pour instaurer des lieux.
Pour la jubilation de la vie.
Mais aussi pour la "brutalité de l'humanité" (selon la belle formule de Macha Makeïef à propos de Pina Bausch)
Un lieu où « faire culture », selon la si belle formule de Paolo Freire, le penseur de la pédagogie de la libération..

Des lieux pour devenir plus soi-même, dense des paradoxes de l'humanité.
A la fois sauvage et sacré, violent et tendre, fragile et sublime, errant et centré.
Infiniment seul et relié à la communauté des vivants.

Des lieux où être présent dans un instant d'éternité.
Pour développer sa capacité à vivre chaque mise en jeu mouvementée du corps, chaque investissement vestimentaire, chaque pensée en actes comme si c’était la première fois … et comme si c’était la dernière.

Toujours plus humain.
Toujours de passage.
Des lieux pour une « humanitude » de passage


Marc Guiraud

Mai 2006